extraits de l'entretien publié sur le Café Pédagogique

Evaluations de CM2 : "Le Ministère se heurte au refus d'un dispositif dont les objectifs politiques ne sont pas clairs"
Auteur d'un rapport européen sur les effets des évaluations standardisées et sur les politiques d'évaluations, Nathalie Mons ne voit pas seulement dans les évaluations de CM2 "une formidable régression technique". Elles sont aussi le résultat des errements des politiques.

Le montage du dispositif d'évaluation a mal été engagé initialement, dominé la première année par un acteur qui manquait totalement de compétences techniques, la DGESCO. Il aurait fallu mettre tout cela à plat l'année dernière, repartir de zéro en s'appuyant sur les nouveaux apports techniques de la DEPP. C'était la condition pour redonner une crédibilité à l'instrument.

S'agit-il d'une évaluation diagnostic ? Elle doit alors concerner tous les élèves en début d'année. S'agit-il d'une évaluation bilan qui donne une photo des acquis des élèves à un palier particulier du système éducatif ? Il est alors préférable qu'elle soit conduite en fin d'année et pour des raisons de coût sur un échantillon représentatif d'élèves et d'établissement.
Le dispositif actuel est un mélange des deux qui n'a pas de sens statistiquement parlant.

En France, avant que la DGESCO ne s'empare du dossier et tente de le piloter seule, la DEPP avait déjà largement acquis ce niveau de compétences techniques, la France avait un panel fort riche d'évaluations standardisées. Ce dispositif représente une formidable régression technique. Il a moins un objectif de validité de la mesure des acquis scolaire qu'un objectif politique d'évaluation des réformes et à terme de reddition des comptes par les acteurs locaux. Les contraintes de la LOLF en termes d'indicateurs nécessiterait seulement une évaluation sur un échantillon.

Si l'on souhaitait réellement réaliser une évaluation indépendante du système éducatif français, elle pourrait être conduite sur la base d'un échantillon par une agence ou une institution indépendante du ministère comme cela se fait souvent à l'étranger. Mais les politiques qui imposent aux autres acteurs une culture de l'évaluation et progressivement une obligation de résultat ne sont pas prêts à se l'imposer à eux-mêmes.


Nathalie Mons

Maître de conférences en sociologie, université paris-Est Marne-la-Vallée, chercheur au laboratoire du LATTS.


Nathalie Mons a récemment rendu à la Commission européenne un rapport sur les effets des évaluations standardisées et sur les politiques d'évaluations standardisées dans les pays européens.