Article de "Sciences humaines"

Le redoublement est-il une seconde chance ?

                               

Les enquêtes internationales montrent que la France est la championne du redoublement. Plus d’un tiers des élèves redoublent au moins une classe pendant la période de scolarité obligatoire (école élémentaire + collège) et 15 % deux fois ou plus. En ajoutant les redoublements au lycée, un élève sur deux sera « victime » d’un redoublement au cours de sa scolarité, pourtant reconnu aujourd’hui par la plupart des spécialistes de l’éducation comme « la méthode la plus inefficace qui soit pour surmonter ses difficultés ». Tous les pays nordiques (Suède, Norvège, Finlande, Danemark) mais aussi des États comme la Grèce ou le Portugal l’ont définitivement supprimé.
Christian Forestier va jusqu’à parler d’un « véritable génocide pédagogique », lorsqu’il s’agit des redoublements précoces : un élève qui a redoublé au cours préparatoire (CP) ou au cours élémentaire (CE1) a près d’un risque sur deux de finir sa scolarité sans diplôme, alors que des études montrent que ceux qui ont poursuivi le cursus (à niveau égal) sans redoubler s’en sortent beaucoup mieux. Pour l’élève, redoubler consiste à devoir refaire à l’identique ce sur quoi il a échoué. À la perte de confiance en soi s’ajoute la perte de ses camarades du même âge, passés dans la classe supérieure, un déclin de son estime personnelle et un sentiment de relégation et de stigmatisation.
En matière de lutte contre l’échec scolaire, le redoublement va à l’encontre de toutes les recherches qui recommandent de différencier les méthodes pédagogiques selon les besoins de chaque élève. Mais alors, pourquoi l’école française s’entête-t-elle à faire redoubler les élèves, au point que la loi d’orientation Fillon de 2005 vient de renforcer le pouvoir des enseignants dans ce domaine ?
Certains y voient une tradition académique très ancrée dans la culture française, selon laquelle les élèves devraient avoir assimilé à la lettre l’ensemble des programmes d’une classe pour passer à celui de l’année suivante. Ce serait aussi un moyen pour les enseignants de lutter contre une hétérogénéité des niveaux, considérée comme ingérable.
Mais les mentalités sont peut-être en train de changer. Une récente enquête des services d’évaluation du ministère de l’Éducation (DEPP) montre qu’aujourd’hui, 83 % des enseignants (en primaire et secondaire) préféreraient à la solution du redoublement la possibilité de délivrer un soutien scolaire individualisé (1).